Respire

« Nous sommes en quête de schémas, voyez-vous, et tout ce que nous trouvons, c’est l’endroit où ils se brisent. Or, c’est là, dans cette anfractuosité, que nous plantons notre tente et attendons. » Nicole Krauss.

T’as dit respire et c’était  doux et un peu triste t’avais ta main sur mon dos je sais pas trop pourquoi t’es venu pourquoi t’es resté t’avais envie sans doute je sais jamais trop pourquoi tu viens en fait avec tes ailes et ton silence parce que tu mens pas et que des fois y a rien à dire juste être là.

J’avais envie de pleurer je savais pas ce que tu pensais je sais jamais ce que tu penses en fait alors j’écoute la tendresse de la nuit du matin du jour de tout ce qu’on fait ou pas de toutes les façons qu’on a de rater de trébucher de tomber t’as dit on ira voir la mer ou l’Angleterre j’ai pensé pourquoi pas.

T’as dit respire et tu m’as pris contre toi doucement avec tes ailes j’ai respiré je t’ai écouté rester calme avec moi j’avais envie que tu souries j’avais envie que la vie soit plus ou moins ou qu’elle soit autrement pas toujours mais des fois j’avais envie d’être là.

J’avais envie de pleurer encore mais y avait tes ailes autour de moi je savais pas ce que tu voulais je sais jamais trop ce que tu veux mais j’avais sommeil je savais plus vraiment ce qui se brise des schémas comment à quel endroit ce qu’on attend ou cherche ce qui nous brise ou pas.

J’ai respiré voilà.

Celui qui dit le contraire

Le train part tout à l’heure j’ai pas beaucoup dormi je regarde le ciel le soleil qui se lève doucement timidement il fait bon j’ai veillé longtemps après que tu sois parti d’être venu faire l’ange j’aime bien quand tu fais l’ange une main dans mon dos ma tête posée en silence je sais pas pourquoi t’as fait l’ange à part que c’était un jour triste et quand je suis triste ça fait pousser des ailes sur ton dos peut être en tout cas celui qui dit le contraire c’est un menteur.

Le train part tout à l’heure j’ai pas beaucoup dormi je vais dormir dedans peut-être sans doute peut-être pas qui sait tu vas rentrer bientôt avec tes mains toutes abîmées ton air de rien peser t’as écrit hier pour demander comment va l’amoureux j’ai pas trop répondu parce que t’as perdu ton pari et t’aimes pas ça et t’avais mal à en survivre à en attendre de voir le docteur que t’as jamais envie de voir alors j’ai dit super et celui qui dit le contraire c’est un menteur.

Le train part tout à l’heure j’ai pas beaucoup dormi j’ai veillé longtemps je regarde les derniers bouts de nuits disparaitre c’est joli hier tu m’as dit tu sais déjà ce que ça veut dire tu vois bien que c’est nul je savais mais j’avais pas envie que ce soit nul j’ai dit oui on était là rien n’avait l’air très réel j’ai fumé toute la nuit j’ai pensé à plus savoir quoi penser j’avais envie de pas savoir j’avais envie de pas dormir j’avais envie de dire le contraire d’être un menteur.

Le train part tout à l’heure j’ai pas beaucoup dormi je sais pas quand tu vas me dire les mots que t’arrives pas à dire je sais pas pourquoi c’est si dur de dire les choses importantes tellement que souvent on les dit pas on tourne autour et on s’en va je pense à toi ton air bleu je me souviens je t’ai fait confiance j’aurais pas dû sans doute mais j’avais envie de ça faire confiance et j’ai aimé chaque pas et celui qui dit le contraire c’est un menteur.

Le train part tout à l’heure j’écris encore le jour est là c’est joli je sais pas ce que va être aujourd’hui ce que va être demain c’est juste ce matin j’ai envie de faire confiance alors je donne pour toi ma confiance du matin ma confiance dans tes mains je devrais pas sans doute mais j’ai envie de ça que la peur m’emporte pas que je reste bien droit que j’aie  pas peur de toi parce qu’il y a rien à craindre que la vie c’est comme ça confiance ou pas et celui qui dit le contraire c’est un menteur.

Je vous regarde

Je vous regarde et je vous trouve belles joyeuses drôles et même dans tes tempêtes Z qui nous embarquent toutes accrochées au mat pour pas basculer même là je sais que vous êtes comme j’aime pas princesses pas frimeuses pas super filles vous ressemblerez jamais aux magazines vous serez jamais en papier vous serez comme vous.

Je vous regarde et je me souviens toute petites déjà je vous regardais dormir et j’espérais que vous seriez pas comme moi non pas comme moi je voulais déjà que la vie pour vous ce soit la vie en mieux je voulais pour vous que ce soit différent plus facile plus limpide plus joyeux.

Je vous regarde et je sais pas bien comment ce sera pour vous A tes tâches de rousseurs et ta vie qui grandit je voudrais tant que ce soit autrement que tu sois comme tu rêves dresseur d’ours chuchoteur de tigre que vos rêves vous portent que vous soyez jamais obligées de regarder derrière en vous demandant ce que vous faites là comment c’est arrivé.

Je vous regarde et je saurais jamais si j’ai eu tort ou bien raison s’il fallait rester ou s’il fallait partir c’est vrai y a des gens plein même ils restent pour les enfants peut être vous penserez que j’ai pas fait ce qu’il fallait que je vous ai laissées tomber toutes cabossées que c’est autrement qu’il fallait faire je saurais jamais.

Je vous regarde et je vous aime comme c’est pas Dieu possible comme disait je sais plus qui mais je me souviens bien l’expression ça avait l’air grave c’est vrai c’est grave de vous aimer autant je voudrais qu’on vous aime pareil mais en mieux que vous soyez pas seules que ce soit évident que vos pas soient légers ancrés aimés.

Je vous regarde et j’espère que ce sera autrement que vous serez pas comme moi non pas comme moi il paraît qu’en naissant un ange naît avec nous qu’il nous accompagne et puis qu’il veille sur nous j’espère que les vôtres sont solides joyeux avec des ailes de super héros qu’ils seront super forts tellement que même ils auront rien à faire.

Je vous regarde et  je sais pas trop quand j’ai raté la marche quand c’est devenu compliqué un jour je crois j’ai eu les ailes coupées avant je savais presque voler mais c’était avant que je me demande ce que je fais là comment c’est arrivé où j’ai commencé à rater je voudrais remettre mes ailes et m’envoler courir sauter et puis voler mais je sais déjà que je vais tomber traîner mes ailes et puis pleurer.

Vous vous saurez voler.

Valeto est idiot

Je croyais que tu posais vraiment la question  que ça te faisait quelque chose à l’intérieur j’avais oublié qu’il faut pas croire les mots qu’il faut marcher tout droit sur son chemin à soi pas baisser les bras / la garde / la tête pas se laisser attraper par les mots qui disent rien de ce qu’on est je croyais que je pouvais te faire confiance parce que c’était toi avec ton air bleu ton air pas comme ça ton air de toi mais c’est comme les renards les pères noels les histoires à dormir debout on finit toujours sans dormir  Valeto est idiot.

Je croyais que ça existait les histoires comme ça que je pouvais te laisser approcher A et Z comme si y avait juste un peu de soleil comme si on pouvait marcher sur un fil et rire  comme si c’était limpide comme si on traçait des chemins désunis en demi-volte en diagonale en doublé et en arrondi mais y avait pas de soleil y avait pas de fil y avait pas de chemin y avait juste A Z et moi en pas de trois j’ai rien appris faut croire Valeto est idiot.

J’avais pourtant essayé de rien dire rien demander rester là droit dans mon chemin te faire une place un peu t’aimer aussi sinon ça sert à quoi j’ai plus envie d’écrire j’ai plus envie de dire j’ai plus envie de savoir j’ai plus envie que tu dises j’ai envie de refuser j’ai envie de dérober j’ai envie de cabrer j’ai envie du silence enfin qui veille sur les idiots qu’il m’emporte avec lui que je dise plus un mot Valeto est idiot.

On cherche toujours quelque chose

On cherche toujours quelque chose peut être j’aurais voulu que ça change le monde un peu peut être j’aurais voulu que ce soit autrement peut être j’aurais voulu que ça te concerne aussi même si bien sûr y a rien à dire j’avais qu’à pas mais on a pris un café c’était le matin y avait du soleil j’aime les matins même quand y a pas de soleil alors c’était bien.

On cherche toujours quelque chose une réponse  un air de se comprendre une épaule où poser sa tête où laisser reposer ses rêves souvent je me demande ce qu’il y a dans tes rêves à toi dans ton drôle de mélange j’aurais voulu que tu restes avec moi que tu me regardes que tu sois là j’arrivais pas à dormir je voulais pas le truc à dormir je voulais toi ou le silence j’ai eu le silence c’est deja ça.

On cherche toujours quelque chose un peut être une promesse un dessin sur le sable qui serait pas seulement un dessin mais aussi tout le reste tracé maladroitement du bout des mains parce que peut-être la vie c’est maladroit peut-être la vie c’est fragile peut-être la vie c’est juste nos choix dans le sable et un sourire.

On cherche toujours quelque chose peut-être des bras où se cacher peut être un éclat de rire partagé un chant absurde et entêtant  peut-être de la douceur et de quoi affronter le sérieux des jours peut-être un geste un pas une danse une course dans la rue juste pour rire peut-être que je sais pas.

Je me demande ce que tu cherches toi.

Des fois la vie c’est bien

Des fois c’est comme ça fatigué après plein de semaines que tu les comptes même pas le boulot difficile les histoires de territoire que tu sais plus pourquoi comment ça a commencé comment ça va finir surtout les amoureux les enfants et celui que tu sais qui va bientôt enfin avec la chimio les vacances qui arrivent pas le pipi encore à refaire dans le bocal t’as raté l’heure parce que y a un horaire t’avais oublié alors tu voudrais juste enfin que voilà.

Des fois c’est comme ça t’as quand même décidé que ça valait la peine alors t’as fait les courses le repas acheté les bonbecs kasher fait aussi végétarien pensé à tout et puis ils arrivent tous et c’est comme un grand coup de vent dans le tout petit appart faire à manger pour huit tu sais même pas vraiment comment c’est possible mais c’est fait et puis ils arrivent tous avec les cris les défilés improvisés les blagues qu’on a déjà faites 100 fois les 10 ans partagés de près de loin la voisine qui râle les enfants disparus endormis à force de faire semblant.

Des fois c’est comme ça t’as oublié en route le boulot les trois pénibles les territoires t’as oublié le pipi qu’il fallait faire le mail pas envoyé l’amoureux que tu sais pas quand tu le revois il a pas dit c’est pas grave aujourd’hui t’as oublié la chimio t’as oublié le chant le chat le billet de train à prendre les réunions qui finissent pas de recommencer t’as juste rigolé t’as juste oublié tu regardes les enfants endormis ensemble collés serrés ça sent la clope tu laisses les  fenêtres ouvertes sur la nuit demain y aura la vaisselle les devoirs et tous les trucs à faire mais c’est demain.

Des fois c’est la vie c’est bien.

 

 

J’aime j’aime pas

J’aime tes yeux qui brillent et tu le sais pas ou peut-être tu le sais et tu le dis pas j’aime sauter dans tes bras et tu fais comme si je pesais rien c’est pas vrai mais tu dis rien j’aime quand tu parles et que t’oublies les impossibles les mais les si juste tu parles j’aime quand tu mets ta main sur ma tête dans mes cheveux et tu dessines des lignes le long de mon dos ça fait des traits qui descendent qui remontent il reste quand t’es parti ton dessin indécis.

J’aime pas quand tu comptes les minutes je sais pas ce que tu gagnes à les compter mais je te laisse gagner j’aime pas quand tu prends ton air triste comme si c’était pas des trucs qu’on choisit j’aime pas quand tu sais pas et c’est souvent j’aime pas quand t’as peur et c’est souvent aussi j’aime pas quand tu mets tes chaussures d’ailleurs j’aime pas tes chaussures surtout j’aime pas quand tu pars quand tu rentres quand tu t’en vas et il reste quand t’es parti que ton dessein indécis.

J’aime quand tu dors avec moi c’est pas souvent j’essaye de deviner tes rêves j’écoute ton sommeil agité j’aime quand t’oublies que t’as peur j’aime tes images avec que des absents j’aime quand tu prend un café avec moi j’aime quand je dis n’importe quoi et t’écoutes encore je sais pas comment tu fais j’aime quand j’oublie que c’est impossible et je m’endors avec toi sur mon dos ton dessin indécis.

J’aime rêver.

T’es parti

T’es parti avec ton air bleu et je suis restée à me demander si y a quelque chose à dire de cette histoire qu’on invente avec des bouts de nuits et de jours ficelés n’importe comment même que des fois dans la ficelle y a un truc qui me donne envie de pleurer.

T’es parti avec ton air bleu  et je suis restée à penser à l’histoire tu sais celle que tout le monde connaît avec un prince une rose et un renard je sais jamais trop dans quel sens y a un roi aussi qui dit n’importe quoi et un mouton va comprendre le mouton.

T’es parti avec ton air bleu et je me suis demandé si c’est vrai cette histoire qu’on devient responsable pour toujours de ce qu’on apprivoise ou si c’est juste une histoire qu’on raconte pour dire comment ce serait si la vie était pas comme ça.

T’es parti avec ton air bleu tes histoires tes secrets tout ce qui te fait toi bleu ou pas je suis restée à me demander à quoi ça sert tout ça ce qu’il en restera quand le petit prince sera parti et si le renard pensera à lui.

 

Tu dors

Tu dors sans doute ce matin je le savais maintenant je le sais par déduction parce que t’es devenu silencieux y a plus les petits clings réguliers de quand tu envoies un message alors je déduis que tu dors. J’écoute la cafetière italienne le café qui chauffe j’aime bien le bruit et l’odeur les deux j’aime bien penser.

Tu dors sans doute y a plus les petits clings réguliers de quand t’essaies d’éviter mes questions toujours les mêmes tu veux quoi pourquoi t’es pas là mais là je veux juste penser j’ai volé des photos de toi  et je me souviens la dernière fois que j’ai volé des photos c’était y a longtemps c’était emportée par l’envie par un truc presque innocent c’était portée par le vent.

Tu dors sans doute y a plus les petits clings réguliers de quand tu dors pas je pense tranquillement je me souviens des photos volées des rires sur la passerelle du canal c’est toujours chez moi la passerelle du canal y a plus de vent les photos sont oubliées depuis longtemps je sais pas où elles sont emportées par le temps.

Tu dors sans doute ce matin t’avais ton bras posé sur moi dans ton sommeil après la nuit de docteur agitée ton air sérieux à partir revenir je savais pas quelle heure il était on a vu le jour se lever sur les toits de l’hôpital je savais pas trouver les mots les gestes je savais pas j’ai essayé pourtant un chemin vers toi dans la nuit agitée.

Tu dors encore sans doute je regarde le lilas nouveau de l’année à côté de la glycine elle est grande maintenant elle va fleurir bientôt je pense à ton château là bas de prince au bois dormant où tu dors comme les princes des contes de fées je regarde le lilas je sais qu’il va grandir aussi je vais le regarder avec les filles grandir comme dans les contes de fées.

J’aurais voulu

Je me souviens t’étais toute petite dans la voiture à l’arrière y avait tout le monde et tu trouvais que personne s’intéressait à toi t’essayais de faire bien comme il faut mais ce jour là t’avais envie de parler et puis ça intéressait personne et puis tu t’es mise à pleurer et puis tout le monde a rigolé tu faisais ton cinéma et puis tu t’es cachée sous ta capuche. J’aurais voulu te donner la main.

Je me souviens t’étais petite encore t’avais pas fait attention et t’avais cassé tout c’était tombé sur toi y avait du sang partout tu marchais sur les bouts de verre ça faisait des dessins rouges par terre  je sais  pas si t’as crié  t’es partie en courant t’avais peur  mais il fallait y aller et que tu te laisses attraper tu voulais pas qu’on regarde pas qu’on touche surtout pas et puis ils t’ont endormie enfin et personne est venu. J’aurais voulu te donner la main.

Je me souviens t’étais moins petite déjà tu prenais le train déjà un peu grande toute seule avec le petit le grand train qui durait toute la nuit la fatigue les garçons qui vous tournaient autour les petits du train et puis ils fumaient des cigarettes et puis vous aussi un peu parce que ça donne l’air intéressant ça donne l’air grand t’avais peur et mal au coeur et vous vous endormiez enfin y avait personne. J’aurais voulu te donner la main.

Je me souviens t’étais petite et puis t’es devenue grande je sais pas trop grande combien . T’as toujours peur même si le premier qui le dit c’est un menteur tu regardes tes clopes qui donnent pas l’air intéressant c’est sûr tu le sais bien maintenant y a pas grand chose qui donne l’air grand intéressant tu le sais bien et puis ça intéresse personne quand on veut faire l’intéressant.

Je prends ta main je prends ta main je prends ta main.